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Jocari (latin iocari s’amuser, iocus jeu)

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Dictionnaire des jeux (1792)
Dictionnaire des jeux (1792)

"Belle" (définition et règle du jeu)

© BnF

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Texte
"BELLE
Sorte de jeu de hazard, dont le principal instrument est un tableau aux numéros duquel correspondent d'autres numéros renfermés dans un sac, d'où on les tire pour indiquer les parties gagnantes de ce tableau. (I)
La belle a été imaginée par un Italiens, qui l'a mise en vogue à Paris.
Le tableau qui, comme nous venons de le dire, en est le principal instrument, est divisé en treize colonnes, de huit numéros chacune. Ainsi le tableau contient 104 numéros.
Les joueurs sont un banquier & des pontes. Le nombre de ceux ci n'est point borné.
Le banquier a un sac qui contient cent quatre étuis en forme d'olives, dans chacun desquels se trouve un parchemin roulé, où est écrit un numéro du tableau. Ce sac est surmonté d'une espèce de casque à la partie inférieure duquel il y une ouverture garnie d'un ressort, par où un ponte introduit dans ce casque, un des étuis dont on a parlé, que le ressort empêche de rentrer dans le sac.
Cette introduction n'a lieu qu'après que le sac a été bien remué, & les étuis mêlés, tant par le banquier, que par les pontes, pour que le hazard dirige seul l'évènement.
Lorsque chaque ponte a fait son jeu, c'est-à-dire, qu'il a placé sur le tableau les jetons ou l'argent qu'il veut risquer, le banquier ouvre le casque avec la clef destinée pour cet effet ; il en tire l'étui, & en fait sortir le numéro, qu'il montre à la galerie, & qu'il lit à haute voix ; il s'occupe ensuite du soin de payer les parties que ce numéro fait gagner. Le payement consiste en une somme proportionnée à la mise que le ponte a faite sur la chance gagnante.
Quand les payements sont achevés, tout ce qu'il y a sur le tableau appartenant au banquier, il le retire, remet l’étui & le numéro sorti dans le sac, & les pontes placent de nouveau sur le tableau ce qu'ils veulent jouer. Le jeu continue de cette manière, aussi long temps qu'on le juge à propos.
Au jeu de la belle, les chances sont singulièrement variées & multipliées :
Les principales sont ;
1°. Le plein :
2°. Le demi-plein :
3°. Le carré :
4°. La colonne droite :
5°. Deux colonnes droites groupées :
6°. La colonne transversale :
7°. Deux colonnes transversales groupées :
8°. Le petit côté, & le grand côté :
9°. Le pair & l'impair :
10°. La couleur noire & la couleur rouge :
11°. Le pair du petit ou du grand côté :
12°. L'impair du petit ou du grand côté :
13°. La couleur noire du petit ou du grand côté :
14°. La couleur rouge du petit ou du grand côté :
15°. Les terminaisons :
16°.La bordure du tableau :
17°. Enfin, l'intérieur du tableau.
Avant de passer à l'explication de ces différentes chances, & du payement auquel chacune assujettit le banquier , il convient de faire connoître particulièrement toutes les parties du tableau.
La première des treize colonnes dont nous avons dit qu'il étoit composé, s'étend depuis le numéro 1 jusqu'au numéro 8 inclusivement ; la seconde, depuis le numéro 9 jusqu'au numéro 16 ; la troisième, depuis le numéro 17, jusqu'au numéro 24 ; la quatrième, depuis le numéro 25, jusqu'au numéro 32 ; la cinquième, depuis le numéro 33 jusqu'au numéro 40 ; & la sixième depuis le numéro 41, jusqu'au numéro 48.
Ces six colonnes prises ensemble, forment ce qu'on appelle le petit côté.
La septième colonne est remarquable par les effets qu'on verra qu'elle produit : elle comprend les numéros 49 à 56, on la désigne sous le nom de colonne du banquier.
La huitième colonne s'étend, depuis le numéro 57, jusqu'au numéro 64 ; la neuvième, depuis le numéro 65, jusqu'au numéro 72 ; la dixième, depuis le numéro 73, jusqu'au numéro 80 ; la onzième, depuis le numéro 81, jusqu'au numéro 83 ; la douzième, depuis le numéro 89, jusqu'au numéro 96 & la trezième & dernière, depuis le numéro 97, jusqu'au numéro 104.
Ces six dernières colonnes réunies, composent le grand côté.
Les 13 colonnes dont on vient de parler, s'appellent colonnes droites, pour les distinguer des colonnes transversales qui ne sont qu'au nombre de huit.
La première de celles ci, est composée du premier numéro de chacune des six premières & des six dernières colonnes droites : elle renferme par conséquent 12 numéros.
Les sept autres colonnes transversales sont pareillement composées chacune d'un numéro des mêmes colonnes droites. Ainsi la seconde colonne transversale est composée du second numéro de chacune de ces colonnes droites ; la troisième, du troisième numéro, &c.
Le pair général consiste dans les numéros pairs qui se trouvent sur le tableau, depuis le numéro 2, jusqu'au numéro 48, & depuis le numéro 58, jusqu'au numéro 104.
L'impair général comprend les numéros impairs, depuis le numéro 1, jusqu'au numéro 47, & depuis le numéro 57, jusqu'au .numéro 103.
Le pair du petit côté est renfermé dans les 24 numéros pairs qui s'étendent, depuis 2, jusqu'à 48 ; & le pair du grand côté, dans les 24 autres numéros pairs, que contient le tableau depuis le numéro 58 jusqu'au numéro 104.
L'impair du petit côté, s'entend des 24 numéros impairs de ce côté, & l'impair du grand côté, des 24 pareils numéros de ce dernier côté.
Comme un numéro peint en noir est toujours suivi d'un numéro peint en rouge, il faut appliquer à la couleur noire & à la couleur rouge, ce que nous venons de dire des pairs & des impairs, tant généraux que des côtés.
On appelle terminaison la finale de chaque nombre : il y a par conséquent la terminaison des uns, la terminaison des deux, la terminaison des trois & ainsi du reste, jusqu’à la terminaison des dix ou des zéros.
La terminaison des uns, comprend les numéros 1, 11, 21, 31, 41, 51, 61, 71, 81, 91 & 101. Celle des deux, les numéros : 2, 12, 22, &c. & ainsi du reste.
Les terminaisons sont figurées à la tête du tableau, par les numéros 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 & 0.
Nous allons maintenant indiquer la manière de jouer chacune de chances dont on a parlé, & faire connoître ce qu'elles produisent au ponte, qui gagne pour les avoir adoptées.
La première & la plus considérable des chances est celle du plein : on la joue en plaçant sur un seul numéro ce qu'on veut jouer, par exemple, vous mettez six francs sur le numéro 15, & que ce numéro vienne à sortir du sac, le banquier vous paye 96 écus de six francs ou 24 louis.
On joue le demi-plein, en plaçant sa mise entre deux numéros. Si l'un de ces deux numéros vient à sortir, le banquier paye au ponte 48 fois la mise de celui ci.
On joue le carré, en plaçant la mise dans un angle commun à quatre numéros. Si l'un de ces quatre numéros sort, 1e ponte gagne 24 fois la somme qu'il a exposée.
Pour jouer la colonne droite, on place son argent à la partie, soit supérieure, soit inférieure de cette colonne indifféremment. Lorsqu'il vient à sortir un des huit numéros dont cette colonne est composée, le ponte reçoit douze fois l’argent qu'il a risqué.
On joue deux colonnes droites groupées, en plaçant la mise à la partie supérieure ou intérieure de la ligne qui sépare ces deux colonnes l'une de l'autre. S'il sort un des seize numéros qu'elles renferment, le banquier paye six fois la mise du ponte.
On joue une colonne transversale, en plaçant la mise à l'une des parties latérales du tableau, vis-à-vis des numéros de cette colonne : quand il sort un des douze numéros dont elle est composée, le ponte reçoit huit fois sa mise.
On joue deux colonnes transversales groupées, en plaçant la mise à l'une des parties latérales du tableau, sur la ligne qui sépare ces colonnes l'une de l'autre : S'il sort un des 24 numéros qu'elles renferment, le banquier paye quatre fois la mise du ponte.
II y a sur le tableau, l’indication des endroits où le ponte doit placer son argent, lorsqu'il veut jouer au petit côté ou au grand coté, au pair général ou à l'impair général, & à la couleur noire ou à la couleur rouge : s'il sort un numéro de chacune de ces six chances, le banquier paye deux fois la mise du ponte.
On joue le pair, soit du petit, soit du grand côté, en plaçant sa mise à côté d'un des numéros pairs, les plus voisins de la partie latérale du tableau que l'on a adoptée : s'il sort un numéro pair de cette partie, le banquier paye quatre fois la mise.
Ce que nous venons de dire du pair, s'applique pareillement à l'impair, ainsi qu'aux couleurs, soit de l'un, soit de l'autre coté.
On joue une terminaison, en plaçant son argent sur la case où elle est figurée. S'il sort un des dix numéros, dont la terminaison choisie est composée, on reçoit 96 fois la dixième partie de ce qu'on a exposé.
Il faut remarquer que les terminaisons des uns, des 2, des 3 & des 4, sont composées chacune d'onze numéros. Ainsi, lorsqu'on adopte une de ces quatre terminaisons, où l'on exclut de la mise le 101, s'il s'agit de la terminaison des uns ; le 102, si c'est la terminaison des 2, &c. ; ou si l'on ne veut rien exclure, on ajoute à la mise un dixième en sus.
La bordure du tableau est composée de trente huit numéros, savoir : les seize qui forment, tant la première que la dernière colonne droite, & le premier numéro ainsi que le dernier de chacune des onze autres colonnes droites.
Quand il sort un numéro de cette chance, le ponte qui l'a joué, reçoit du banquier 96 fois le trente-huitième de ce qu'il a exposé. Si, par exemple, on a placé 38 liv. sur la bordure, elle produit à celui qui gagne 96 livres.
L'intérieur du tableau comprend tous les numéros qui ne sont pas de la bordure. Ils sont au nombre de soixante-six. S'il sort un numéro de cette chance, le ponte qui l'a jouée, reçoit quatre-vingt-seize fois la soixante-sixième partie de ce qu'il a exposé. Si par exemple, sa mise a été de 33 livres, le banquier lui paye 48 liv.
Quand il vient à sortir un numéro de la colonne du banquier, qui, comme on l'a vu, s’étend depuis le numéro 49, jusqu'au numéro 56 , les pontes perdent en totalité les mises qu'ils ont faites au pair & à l'impair général ainsi qu'au pair & à l'impair, tant du petit côté que du grand côté.
La même règle s'applique à toutes les mises qu'on a faites aux couleurs & aux côtés.
On conçoit par là que l'avantage d'un banquier de belle, est très considérable. En effet, il est de la treizième partie de tout l'argent que les pontes exposent : en voici la preuve sensible. Supposons qu'un ponte place un écu sur chacun des cent quatre numéros, celui qui sortira ne lui rendra que 96 écus, & par conséquent il en restera huit en pur bénéfice au banquier.
Cet avantage certain pour le banquier, au préjudice des pontes, n'a pas peu contribué à faire défendre nommément le jeu de la belle, par arrêt de règlement du parlement de Paris, du 12 décembre 1777, & ensuite par une déclaration du roi du 1 mars 1781.

VOCABULAIRE explicatif des termes usités au jeu de la Belle.
Banquier. C'est celui contre lequel les pontes jouent leur argent.
Bordure. C'est le nom sous lequel on désigne trente-huit numéros, qui font les seize formant tant la première que la dernière colonne droite, & le premier numéro, ainsi que le dernier de chacune des onze autres colonnes droites.
Carré. On donne ce nom à quatre numéros groupés, tels que 1, 2, 9 & 10, entre lesquels, & dans l'angle qui leur est commun, on place sa mise, pour en obtenir vingt-quatre fois le payement, s'il vient à sortir un de ces quatre numéros.
Colonne droite. On désigne ainsi la réunion des huit numéros qui se suivent immédiatement l'un l'autre, depuis la partie supérieure du tableau, jusqu'à la partie inférieure. Ainsi, les numéros qui s'étendent, depuis un jusqu'à huit, forment sur le tableau, la première colonne droite.
Colonnes droites groupées. On désigne ainsi deux colonnes droites contigues qui ont entre elles une ligne à la partie supérieure ou inférieure de laquelle le ponte place son argent, pour en obtenir six fois autant, s'il vient à sortir un numéro de ces deux colonnes.
Colonne du banquier. C'est le nom qu'on donne à la colonne du milieu du tableau, laquelle s'étend depuis le numéro 49 jusqu'au numéro 56 inclusivement : elle est ainsi appelée à cause des avantages qu'elle produit au banquier, en lui faisant gagner la totalité des mises qui ont été faites au pair, à l'impair, aux côtés, &c.
Colonne transversale. On donne ce nom à une suite de douze numéros pris sur une même ligne, dans les six premières & les six dernières colonnes droites.
Colonnes transversales groupées. On désigne ainsi deux colonnes transversales contigues, ayant entr'elles une ligne qui s'étend d'une partie latérale du tableau, à l'autre partie, & à l'extrémité de laquelle le ponte place son argent, pour en obtenir quatre fois autant, s'il vient à sortir un numéro de ces deux colonnes.
Couleur noire. On donne ce nom à la totalité des numéros peints sur le tableau.
Couleur noire du grand côté. On désigne ainsi les numéros qui sont peints en noir, dans les six dernières colonnes droites du tableau. Et l'on appelle couleur noire du petit côté, les numéros peints en noir, dans les six premières colonnes droites.
Couleur rouge. On donne ce nom à la totalité.des numéros peints en rouge sur le tableau.
Couleur rouge du grand côté. Ce sont les numéros qui sont peints en rouge dans les six dernières colonnes droites du tableau. Et l'on appelle couleur rouge du petit côté, les numéros peints en rouge, dans les six premières colonnes droites.
Demi plein. C'est la mise que fait un ponte sur la ligne qui sépare deux numéros l'un de l'autre.
Galerie. C'est le nom qu'on donne aux pontes & aux spectateurs pris en général. C'est dans ce sens qu'on dit que, quand il s'élève quelque difficulté entre le banquier & un ponte, c'est la galerie qui doit la décider.
Grand côté. C'est la totalité des numéros que contiennent les six dernières colonnes droites.
Impair. On désigne ainsi tous les nombres impairs des six premières & des six dernières colonnes droites.
Impair du grand côté. C'est la totalité des nombres impairs, qui se trouvent dans les six dernières colonnes droite. Et l'on appelle impair du petit côté, les nombres impairs des six premières colonnes droites.
Intérieur. C'est la totalité des numéros qui ne sont pas compris dans la bordure.
Numéro. C'est le nom qu'on donne à chacun des cent quatre nombres qui composent le tableau, & à ceux que renferme le sac d'où l'on tire à chaque coup, celui que le banquier doit lire, pour indiquer les parties perdantes & gagnantes.
Pair. C'est la totalité des nombres pairs des six premières & des six dernières colonnes droites.
Pair du grand côté. Ce sont les nombres pairs que contiennent les six dernières colonnes droites. Et l'on appelle pair du petit côté, les nombres pairs des six premières colonnes droites.
Petit côté. C'est la totalité des numéros que renferment les six premières colonnes droites.
Plein. C'est la mise que fait un ponte sur un seul numéro.
Ponte. On désigne sous ce nom, les joueurs qui font des mises sur le tableau.
Terminaison. C'est la finale de chaque nombre."

Extrait de
Dictionnaire des jeux, faisant suite au Tome III des Mathématiques. Encyclopédie méthodique, Paris, 1792, p. 4-8.

Date
1792

Lieux de publication
Paris, chez Panckoucke, libraire, hôtel de Thou, rue des Poitevins
Liège, chez Plomteux, imprimeur des États

Auteurs
Charles Bossut (1730-1814)
Charles (17..-1791)
D'Alembert (1717-1783)
Marquis de Jean-Antoine-Nicolas de Caritat Condorcet (1743-1794)
Jérôme de La Lande (1732-1807)

Support
Livre imprimé

Dimensions
in 4°

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